Évaluer l’impact des tensions commerciales sur le marché canadien des titres à revenu fixe

L’évolution récente du commerce mondial a exercé une forte pression sur les marchés canadiens, car les droits de douane récemment imposés par les États-Unis et les mesures de rétorsion prises par le Canada remodèlent le paysage économique. L’escalade des tensions commerciales devrait avoir de grandes conséquences sur la croissance, la politique monétaire et les marchés des titres à revenu fixe au Canada. Nous faisons ci-après le point sur la situation, vous présentons les réactions du marché et abordons ce qui, à notre avis, devrait être les éléments prometteurs des titres à revenu fixe canadiens.

Que s’est-il passé?

Des droits de douane s’appliquent sur les marchandises canadiennes destinées aux États-Unis, sauf sur celles qui sont conformes à l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).La liste des marchandises exclues comprend les constructeurs automobiles, qui ont été parmi les premiers à être exemptés en raison des inquiétudes suscitées par les perturbations de la chaîne d’approvisionnement qui en résulteraient.  Malgré ce léger sursis, des droits de douane seront tout de même imposés sur plus de 60 % des produits canadiens. Certains produits énergétiques sont encore soumis à des prélèvements de 10 %, tandis que de nombreux autres sont toujours frappés de droits de 25 %.  Ce conflit est actuellement mieux défini, mais les effets qui en découlent sont loin d'être négligeables. Bien que les acteurs des marchés considèrent clairement que l’escalade des tensions est nocive pour les actifs à risque, l’évolution des cours a jusqu’à présent été relativement contenue sur le marché des titres à revenu fixe; en effet, les investisseurs et les entreprises du monde entier ont eu un mois pour se préparer à cet événement. 

Le Canada a réagi en imposant immédiatement des droits de douane de 25 % sur des produits américains d'une valeur de 30 milliards de dollars canadiens. Des droits de douane de 25 % sur 125 milliards de dollars canadiens de produits supplémentaires devraient entrer en vigueur en avril. De son côté, la Chine prévoit d’imposer de nouveaux droits de douane sur une série de produits agricoles américains. Dans ce qui semble être une tentative d’accord de dernière minute, le Mexique n’a pas encore annoncé ses plans de représailles.

Comment le marché a-t-il réagi jusqu’à présent?

Le dollar canadien s'est légèrement affaibli depuis l'annonce de ces mesures tarifaires. Bien que les acteurs des marchés considèrent que l’escalade des tensions est nocive pour les actifs à risque, l’évolution des cours a jusqu’à présent été contenue; en effet, les investisseurs et les entreprises du monde entier ont disposé d’un autre mois pour se préparer. Les obligations canadiennes se sont redressées en réaction aux perspectives de croissance affaiblie et aux attentes de réductions supplémentaires et plus marquées des taux par la Banque du Canada (BdC). Aux États-Unis, les titres obligataires à court terme ont augmenté à la faveur des perspectives d’une croissance plus faible, tandis que les titres à long terme ont grimpé en réaction aux prévisions d'une inflation plus élevée à venir. 

À quelles mesures politiques pouvons-nous nous attendre au Canada?

Les droits de douane risquent de nuire considérablement à la croissance canadienne; la plus récente analyse de la BdC fait état d’un impact de 2,9 % d’ici 2027.  Selon nous, les droits de douane pourraient réduire le PIB de 0,5 à 1 % en 2025. Si ces droits restent en place jusqu’en 2026, nous prévoyons une baisse plus importante de la croissance du PIB l’année prochaine à mesure que l’économie s’enfoncera davantage dans la surabondance.

Sur le front budgétaire canadien, les stabilisateurs automatiques agiront comme première ligne de défense jusqu’à la fin de la prorogation du Parlement, le 24 mars, et une élection au printemps retarderait probablement toute réponse budgétaire jusqu’à la fin du deuxième trimestre. Selon nous, des mesures budgétaires de l'ordre de 1,5 à 2 % du PIB nominal (de 25 à 40 milliards de dollars canadiens) pourraient être mises en œuvre au cours de la période 2025-2027, sous réserve ou en fonction des décisions politiques et de la conjoncture économique.

Nous prévoyons que la banque centrale évaluera les données entrantes et maintiendra une approche méthodique à l’égard des nouvelles baisses de taux, avec un penchant accommodant pour les politiques dans l’avenir. Nous prévoyons aussi que la BdC annoncera une réduction de 25 points de base à chacune de ses quatre prochaines séances (entre mars et juillet), ce qui ramènera les taux d’intérêt au jour le jour à 2 % d’ici à l’été, avec la possibilité de procéder à des réductions plus importantes si les données et les circonstances le justifient. Nous pensons qu’un train de mesures budgétaires canadiennes pourrait être mis en place après les élections et prévoyons que le nouveau gouvernement lancera des programmes d’emprunts élevés pour financer une telle initiative, ce qui pèsera probablement sur le rendement du segment à plus long terme de la courbe.

Comment les obligations canadiennes et le dollar canadien devraient-ils se comporter dans les semaines à venir?

Les obligations canadiennes sont susceptibles de réagir en fonction de trois facteurs : la réaction de la BdC, l’incidence des droits de douane sur la croissance et l’inflation, et les mesures de politique budgétaire. Nous anticipons une poursuite du regain des obligations canadiennes en raison des perspectives de croissance plus faibles et estimons que la courbe des taux devrait s’accentuer, la portion à court terme étant susceptible de bénéficier le plus des éventuelles baisses de taux de la BdC. Selon l’équipe Titres à revenu fixe canadiens, les obligations canadiennes surclasseront les obligations américaines dans les prochains jours si les droits de douane qui sont entrés en vigueur récemment restent en place. À notre avis, la situation est favorable aux obligations canadiennes, en particulier les obligations à court et à moyen terme. Nous nous attendons à une baisse progressive des taux de rendement si les droits de douane restent en place et que leur effet négatif tangible commence à se faire sentir.

Nous prévoyons que le taux de change USD/CAD restera dans la fourchette de 1,43 à 1,52 à court terme. Nous pensons qu’il dépendra en fin de compte de la durée des droits de douane.

En ce qui concerne le marché des obligations de sociétés canadiennes, nous sommes d’avis que certains secteurs seront plus touchés que d’autres. Les services collectifs réglementés, les pipelines, les télécommunications et les assurances devraient être épargnés, selon nous. Les banques canadiennes seront très probablement touchées de manière défavorable au fil du temps si les droits de douane finissent par freiner la croissance économique. Pour ce qui est des fiducies de placement immobilier, nous pensons que l’impact des droits de douane variera d’un sous-secteur à l’autre, selon la sensibilité de chacun sur le plan économique. Les produits de première nécessité seront probablement quelque peu protégés, tandis que les biens de consommation discrétionnaire enregistreront probablement des contre-performances. En revanche, les entreprises d’infrastructure devraient connaître un volume d’activité plus lent que prévu, ce qui pèsera sur le secteur. Le secteur de l’automobile sera probablement celui qui subira les contrecoup les plus importants.

Quelles occasions les titres à revenu fixe offrent-ils?

L’équipe Titres à revenu fixe canadiens estime que les segments à court terme et intermédiaire de la courbe des taux canadiens sont attrayants, car ils devraient bénéficier des futures baisses de taux de la BdC. Nous pensons également que les titres américains de cinq ans protégés contre l’inflation peuvent être de bon augure dans cet environnement potentiellement inflationniste.

Nous sommes prudents en ce qui concerne les titres de créance provinciaux du fait que les provinces pourraient être amenées à s’endetter davantage pour faire face aux retombées économiques des droits de douane, et nous continuons de voir d’un bon œil les entreprises canadiennes qui se trouvent sur les segments à court terme et intermédiaire de la courbe des taux. Nous préférons les titres de créance canadiens aux titres américains et nous sommes prudents quant au segment à long terme de la courbe à l’égard des sociétés.

Bien que les tensions commerciales posent des défis permanents pour les marchés canadiens de titres à revenu fixe, un éventail de choix demeure. Une approche méthodique axée sur les obligations de sociétés de première qualité et le segment à court terme de la courbe de rendement pourrait offrir des rendements corrigés du risque intéressants dans les mois à venir.

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Roshan Thiru, CFA

Roshan Thiru, CFA, 

Chef, Titres à revenu fixe canadiens

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